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BOB LE FLAMBEUR

  • Photo du rédacteur: BBC
    BBC
  • 22 oct. 2024
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 3 jours

1956 Jean-Pierre Melville FRANCE.

Avec Roger Duchesne, Isabelle Corey, Daniel Cauchy, Guy Decomble, André Garet, Claude Cerval, Colette Fleury, Gérard Buhr, Simone Paris, Howard Vernon, René Havard

Scénario : Jean-Pierre Melville, adaptation Auguste Le Breton

Genre : Film noir - 1h38min

Note : 9


Dans la salle du bar-tabac de la rue de Martyrs

Bob est rangé des voitures. Il vit paisiblement au rythme des parties de poker organisées dans les arrière-boutiques des bars de Pigalle. Respecté des flics et bien établi dans les abris discrets fréquentés par les voyous, le vieux caïd est une légende. Son allure froide et soignée en impose.

Une nuit, il croise Anne, une jeune femme prête à croire aux belles histoires des petites frappes. Bob est un sensible, il la prend sous son aile et la pousse dans les bras de Paulo son protégé. Au moins avec lui, Anne ne finira pas sur le trottoir, au pire elle arnaquera le gogo à coup de bouteille de mousseux, mais le tapin, jamais !

Faut dire que Bob a des principes, ancienne gloire du braquage, il n’a pas de cadavre au compteur.

La vie de Bob tourne rond, sans heurts, jusqu’au jour où une virée à Deauville et la rencontre avec un ancien taulard devenu croupier raniment en lui le goût de l’exploit. L'attaque du Casino sera son dernier coup, un chef-d'œuvre dont on parlera longtemps. Bob monte l’équipe, répète minutieusement l’opération, contrôle chaque détail… sauf un ! Il néglige une délicieuse faiblesse : la tentation. Un alcoolique pourrait-il braquer le bar du Ritz ? Ne serait-t-il pas tenté de s'envoyer quelques bonnes bouteilles plutôt que de s’attaquer à la caisse ? Bob va succomber. Alors qu’il devrait se contenter de surveiller les allées et venues au milieu des tables de jeux, il s’égare et redevient Bob le Flambeur. La fièvre le gagne. Chaque couleur, chaque numéro qu’il choisit multiplie sa mise. Il attire les jetons, se sent invincible, s'imagine déjà en train de faire sauter la banque et en oublie l'essentiel. Ses complices, abandonnés à leur sort, se font cueillir par la police.

Encadré par deux inspecteurs, Bob monte dans une voiture banalisée pendant que le groom du casino remplit le coffre de la Citroën des sommes gagnées. Une soirée pas si mauvaise, finalement.

 

S’inspirant de grands réalisateurs américains tels que Delmer Daves, John Huston et Robert Siodmak, Jean-Pierre Melville signe un chef-d'œuvre du film noir. Certain voit dans BOB LE FLAMBEUR le premier film de la Nouvelle Vague, mais mis à part une caméra mobile qui se déplace librement dans les rue de Pigalle au petit matin, rien ne permet de dire ça. On ne retrouve pas dans son film une volonté de briser les conventions. Melville s'amuse plutôt à s'approprier les codes du film de genre. Il crée une réalité parallèle, une réalité "melvillienne" : plus lente, plus stylisée, plus exaltée. Les costumes, les voitures, les attitudes… tout est sublimé.

Combien de cinéastes ont réussi à faire de leur nom un adjectif ? On parle aujourd’hui de climat "melvillien" tout comme on parle de suspens "hitchcockien". Chaque plan est au centre d’une réflexion rigoureuse conduisant toujours à une réinterprétation du quotidien. Melville est avant tout un styliste.

 

Le choix de l’acteur Roger Duchesne dans le rôle principal est un véritable coup de maître. Bob c'est Duchesne. Sa vie personnelle, trouble, mystérieuse, se confond avec celle du personnage qu’il interprète. Soupçonné d’avoir fait partie de la Gestapo sous l’occupation, il trimballe sa carcasse tel un coupable en quête de rédemption. Le fait que Melville, ancien résistant, choisisse Duchesne, ancien collaborateur en dit long sur le sens de son œuvre. En enfer, on peut croiser des types attachants, au Paradis, il doit y avoir des salauds.


BANG !

 

Le budget du film est famélique. Jean-Pierre Melville ne peut tourner que lorsqu'il a de quoi acheter de la pellicule. Cela demande aux techniciens et aux acteurs une grande disponibilité. Le tournage s’étale sur deux ans

 

Jean-Pierre Melville auditionne Alain Delon pour le personnage de Paulo. Il ne le retient pas de peur que Delon devienne l’attraction du film. Il pense aussi à Gabin pour jouer Bob, mais il est trop cher

 

Jean Cocteau travaille sur le scénario sans être crédité. La majeure partie du script est rejetée par Melville car Cocteau met trop l'accent sur la relation entre Bob et Paulo


Mention spécial à André Decae pour sa lumière admirable digne du meilleur Harold Rosson, et à Auguste le Breton pour ses dialogues sur mesure. L'auteur des "rififi" s'appuie sur ses souvenirs de jeunesse pour reproduire avec maestria le phrasé des voyous


Le film de Melville est réadapté au cinéma par Neil Jordan dans L’HOMME DE LA RIVIERA en 2002


BOB LE FLAMBEUR est un des films préférés de Quentin Tarentino et de Jim Jarmush

 

 

Budget : 17 500 FR - Recette 17 000 $

 

Dialogue culte

Tu n’es pas comme Paulo. Tu veux me faire travailler, il veut me couvrir d'or (Anne s’adressant à Marc qui veut la mettre sur le trottoir)


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Paris, France

Crédit photo home page : John Dominis

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