SIDEWAYS
- BBC

- 28 mai 2025
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 3 jours
2004 Alexander Payne USA
Avec Paul Giamatti, Thomas Haden Church, Virginia Madsen, Sandra Oh, Marylouise Burke, Jessica Hecht, Missy Doty, M. C. Gainey, Alysia Reiner, Shake Tukhmanyan, Shaun Duke
Scénario : Alexandre Payne et Jim Taylor d'après le roman Sideways de Rex Pickett
Genre : Comédie, drame - 2h07 min
Note : 8,1
Veni, vidi, bibi
Miles va enfin entrainer son vieux pote de promo dans cette virée œnologique qu’il fantasme depuis des années. L’enterrement de vie de garçon de Jack ? Une aubaine ! Le prétexte rêvé pour vendre à la future mariée un road trip "culturel" officiellement dédié aux grands crus et officieusement aux derniers soubresauts de ce délicat rite masculin, condamné à disparaitre sous le poids de l’irrésistible obéissance conjugale.
C’est donc avec l’enthousiasme du buveur mondain que Miles organise une tournée des grandes maisons viticoles californiennes dans le but d’éduquer Jack aux multiples nuances de son cépage préféré, le Pinot Noir. Pour Jack, l’affaire est plus classique : du vin, oui, mais couplé à un dernier écart indispensable selon lui, pour honorer les traditions viriles de l’ultime virée entre mecs, ou, dit plus crument, pour se taper des filles.
Grâce à leur rencontre avec Maya et Stéphanie, sommelière et serveuse dans un bar, les objectifs de Miles et Jack trouvent un terrain d’entente inattendu.
Entre deux dégustations, Miles se rapproche de Maya, qui l’écoute avec tendresse raconter sa vie de prof désabusé, son divorce encore tiède et son roman jamais publié. Jack, de son côté, profite de son statut d’acteur de pub, pour séduire Stéphanie et enchaîner les performances plus physiques qu’œnologiques dans la chambre du motel.
Les rendez-vous pathétiques et les mensonges se succèdent. Rien de vraiment exceptionnel, jusqu’au moment où Jack annonce à Miles qu’il renonce à son mariage pour s’installer avec Stéphanie. Miles, abasourdi, avoue tout à Maya qui balance tout à Stéphanie : le mariage imminent, l’enterrement de vie de garçon déguisé. C’est la débâcle. Ecœurée, Maya coupe les ponts avec Miles. Seule une bouteille de Cheval Blanc 1961 semble capable d’apaiser le goût amer de ce naufrage sentimental.
Chez Alexander Payne, les scénarios obéissent souvent à la même mécanique : des individus à la dérive, usés par la vie, qui n’entrevoient d’issue qu’en prenant la fuite, dans l’illusion qu’un départ suffira à remettre les compteurs à zéro. SIDEWAYS ne fait pas exception. Un prof désenchanté et un acteur en bout de course tentent d’échapper à leur quotidien médiocre en s’offrant une virée pseudo œnologique. Payne défend l’idée que se déplacer peut combler un vide existentiel : MONSIEUR SCHMIDT, NEBRASKA, WINTER BREAK en sont de parfaits exemples. Dans ses films, point de salut dans l’immobilisme, il faut bouger pour aller mieux. Le mouvement devient alors une thérapie low-cost. Changeons de décor faute de pouvoir changer de vie.
C'est cette base scénaristique classique, extrêmement bien structurée qui s’apparente faussement au feel good movie : "je pars, je rencontre des gens formidables qui me redonnent foi en l’humanité, et je reviens transformé" qui fait la force des films d'Alexander Payne. Il reprend cette trame usée du voyage initiatique pour en faire un outil d’observation sociale de la classe moyenne américaine. Ses personnages sont professeurs, retraités, secrétaires, serveuses… bref, cette "middle class" trop banale, trop grise pour occuper le devant de la scène, généralement reléguée au rang de silhouettes par le cinéma hollywoodien. Payne, au contraire en fait le centre de son récit. Avec humour et malice, il décortique leurs tics et leurs illusions tenaces. Il redonne ainsi de l’épaisseur à ceux qu’on regarde d’habitude sans vraiment les voir.
Pour Alexander Payne, la question sociale est centrale, il s’intéresse aux gens simples qui ont des vies pas si ordinaires, comme le faisaient avant lui Jean Renoir, Hal Ashby ou Peter Bogdanovich.
BANG !
Miles parle de son cépage préféré avec une telle passion que, suite à la sortie de SIDEWAYS, les ventes de Pinot Noir ont bondi de plus de 20 % aux États-Unis.
Paul Giamatti a reconnu n’avoir aucune connaissance en matière de vin, et avoue encore aujourd’hui ne pas comprendre pourquoi il a été choisi pour le rôle.
La citation : "Je suis comme une souillure sur un mouchoir en papier qui dérive dans une mer d’un million de tonnes d'eaux usées" attribuée à Bukowski dans le film, est en réalité une création de Rex Pickett, l’auteur du roman Sideways.
George Clooney souhaitait obtenir le rôle de Jack, mais Alexander Payne a estimé qu’il était une trop grande star pour SIDEWAYS. Clooney a obtenu le rôle principal dans le film suivant de Payne : THE DESCENDANTS.
Thomas Haden Church était mal à l’aise à l'idée de tourner la scène d'amour avec Sandra Oh, qui était alors mariée à Alexander Payne.
Les producteurs voulaient à l'origine utiliser une bouteille de Petrus pour la scène de fin. Mais Christian Moueix, le propriétaire du château, a lu le scénario et n’a pas donné suite. C'est donc une bouteille de Cheval Blanc qui a été choisie. On peut s’en contenter !
Alexander Payne a cité LE FANFARON de Dino Risi comme une grande source d'inspiration.
Le réalisateur Chris Columbus a déclaré que SIDEWAYS était "un film des années 70 tourné à l'époque contemporaine".
C’est grâce à SIDEWAYS que Thomas Haden Church a été choisi pour jouer Sandman dans SPIDER-MAN 3.
Budget: 12 000 000 $ - Recette monde 109 000 000 $
Dialogue culte
Essaye d'être normal et plein d'humour. Le type que tu étais avant ta chute. Tu te souviens de ce type ? Les gens l'adorent (dit par Jack pour motiver Miles avant son rendez-vous avec Maya).

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