PERSONA
- BBC

- 2 janv. 2024
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 25 janv.
1966 Ingmar Bergman SUEDE.
Avec Bibi Andersson, Liv Ullmann, Margaretha Krook, Gunnar Björnstrand
Scénario : Ingmar Bergman
Genre : Drame - 1h25min
NOTE : 9,7
Ton silence contre ma parole et je deviens toi.
Elisabeth Vogler perd la voix pendant une représentation d'Electre.
Aucune explication rationnelle ne permet de comprendre pourquoi Elisabeth ne parle plus. Elle est muette mais ne devrait pas. Est-ce un choix ?
Les médecins l’envoient se reposer au bord de la mer en compagnie d’Alma, sa jeune infirmière. Entre les deux femmes le courant passe. Alma parle et raconte sa vie, Elisabeth écoute et s’attendrit. La comédienne devient spectatrice, l’infirmière prend la lumière. Les lignes se croisent, les personnalités s’associent puis se dispersent. La rencontre entre le moi profond et le moi social explose après la révélation d’une confidence trop intime.
Pour Bergman la recherche de l’équilibre est une illusion.
Éblouissement visuel total, PERSONA est à l’avant-garde de l’expression cinématographique.
On pourrait simplement apprécier la mise en lumière comme on apprécie la beauté d’un tableau, ce serait déjà tellement délicieux. Mais Bergman ne se satisfait pas de ça, c’est un cinéaste qui dans son expression la plus exigeante continue de raconter une histoire.
Le soin apporté aux cadrages couplé à la minutie de l’écriture place PERSONA dans la liste des plus grands films jamais réalisés.
Quelques années plus tard, en découvrant les mises en images envoûtantes de David Lynch, je me demandais comment PERSONA avait pu influencé autant l’œuvre du cinéaste de Missoula ? Coïncidence ? Hasard du génie ? Contamination suédoise ?
J’aurai préféré, je l’avoue, rester seul avec Bergman et ne pas laisser entrer Lynch dans notre intimité. Et pourtant, impossible d’y échapper, chez Lynch, les images me ramenaient toujours à Bergman. Il fallait remettre de l’ordre, replacer le génie suédois au sommet du Mont Kebnekaise, seul, glacé, inatteignable.
Pour mieux les distinguer, je me suis lancé dans un rapprochement risqué. Dans PERSONA, Bergman décrit la fusion mentale et émotionnelle de deux femmes. Cette confusion entre soi et l’autre, est un des thèmes que l’on retrouve de manière centrale chez Lynch, notamment dans MULHOLLAND DRIVE où la frontière entre les identités se brouille jusqu’à disparaître. Les deux cinéastes privilégient donc une narration identique, non linéaire, où le rêve et le fantasme contaminent le réel. PERSONA a sans doute infusé chez Lynch pour donner naissance à son cinéma de l’étrange et des âmes durablement tourmentées. Alors, est-ce que Lynch a vu en Bergman une sorte de vieil oncle spirituel ? Probablement. Il a dû reconnaître chez lui une sincérité brute, une radicalité sans concession, des vertus référencées qui allaient nourrir son propre cinéma. Lynch, bien sûr, y a ajouté sa patte, un chaos délicieusement assumé, des rêves qui se liquéfient et des réalités qui grincent. Mais il reste une chose qui fait de Bergman celui qu’on ne détrône pas. Là où David Lynch laisse le spectateur dériver, Bergman l’invite à une cérémonie parfaitement orchestrée, troublante, oui, mais sous contrôle.
Bergman est un régulateur de chaos, Lynch un observateur. Me voilà sauvé !
BANG !
Bergman imagine les premières images de son film alors qu’il délire, cloué sur un lit d’hôpital, atteint d’une double pneumonie. Comme Elisabeth Vogler, Bergman se mure dans le silence. PERSONA est né. De ces visions, le cinéaste tire en deux semaines un scénario, quitte son lit, et une semaine plus tard démarre le tournage à Stockholm.
Bergman et son directeur de la photographie Sven Nykvist trouvent les plans moyens ennuyeux. Le film se compose donc de quelques plans larges, de plans moyens occasionnels et de nombreux gros plans longs et intenses.
Le mot "persona", est dérivé du latin : masque.
Bibi Andersson rencontre Ingmar Bergman pour la première fois sur le tournage d'une pub pour un savon. Ils seront intimement liés pendant plusieurs années.
Bergman tombe amoureux de Liv Ullmann pendant le tournage de PERSONA. Ils vivront plusieurs années ensemble.
De l’Ile de Faro, sur laquelle Bergman a tourné plusieurs de ses films dont PERSONA, il dira : "C'est ton pays, Bergman. Il colle avec ton idée des formes, des proportions, des couleurs, de l'horizon, du son, des silences, de la lumières et des reflets".
Deux ans après PERSONA, Ingmar Bergman tourne L'HEURE DU LOUP, de nouveau sur l’île de Faro, et avec un personnage portant encore le nom de Vogler.
Veronica Vogler est interprétée par Ingrid Thulin, tandis que Liv Ullmann, qui incarne Elisabeth Vogler dans PERSONA joue ici le rôle d’Alma Borg. Pour ajouter à la complexité, rappelons qu’Alma est aussi le prénom de l’infirmière incarnée par Bibi Andersson dans PERSONA. Le cinéaste traverse manifestement une période tourmentée.
Dialogue culte
Quand vous dormez, votre visage se détend, votre bouche est gonflée et laide. Vous avez une vilaine ride sur le front. Vous sentez le sommeil et les larmes.

Commentaires